vendredi 10 juillet 2009

Les limites de l’externalisation

Perte de compétences, d’efficacité… Le retour de la SBFM dans le giron de Renault sanctionne l’échec d’une politique du « tout-financier ».

« Dix ans de perdu, et un désaveu cinglant pour tous ceux qui ont vanté les mérites de l’externalisation des productions », commentait hier la fédération CGT de la métallurgie à la suite de la victoire des salariés de la SBFM. Il y a dix ans, en effet, le groupe Renault, tout comme Peugeot, n’en démordait pas : l’avenir était à l’externalisation, cette politique consistant, pour les constructeurs, à se recentrer sur leur « coeur de métier » (conception, assemblage…), et à se séparer du reste de leurs activités. Au point qu’aujourd’hui, les groupes ne réalisent plus que 10 % à 15 % de la fabrication d’un véhicule. Cela, bien sûr, au nom de la recherche obsessionnelle, et à tout prix, de la baisse des coûts. C’est ainsi que la firme au losange en est venue à vendre l’ensemble de ses fonderies à Teksid, filiale du groupe Fiat. Pour les besoins de la cause, l’opération était parée de toutes les vertus : externaliser la SBFM, c’était tout bonnement lui donner une chance de rebondir, de gagner de nouveaux marchés, de diversifier sa clientèle…

L’expérience a parlé : loin de sortir renforcée de l’aventure, la fonderie bretonne sortie du groupe Renault a été gravement fragilisée, ses acquéreurs successifs n’ayant pas assumé leurs responsabilités en matière d’investissement. Le même constat avait été fait pour la fonderie de Cléon (Seine-Maritime) que Renault s’est résolu à réintégrer en son sein, en 2008, dix ans après l’avoir vendue, là aussi sous la pression des salariés.
« Les stratégies d’externalisation atteignent leurs limites », constate Bernard Devers, responsable de la métallurgie CGT. La preuve étant désormais faite qu’elles ne garantissent pas « l’efficacité à long terme » et qu’elles entraînent un « risque de perte de compétences ». Les dommages provoqués par une politique du « tout-financier » qui conduit à « oublier » d’investir sont tels que l’idée d’un retour au modèle de l’entreprise intégrée ne parait plus, désormais, tabou. Une enquête menée, l’an dernier, auprès de 316 sociétés européennes dégageait quelques signaux de crise sur le marché de l’outsourcing (externalisation) : près de 30 % des responsables interrogés envisageaient de réinternaliser certains services. « L’outsourcing traditionnel montre des faiblesses en la matière, surtout lorsque tout repose sur l’idée d’une réduction des coûts », notait le cabinet Gartner, qui a réalisé l’étude.

La victoire des « SBFM » peut encourager les salariés des nombreux sous-traitants, de Renault et PSA, les Sonas, Rencast, Molex, qui ont subi la même mésaventure. Pour autant, la tentation n’a pas disparu, parmi les grands groupes, de recourir à la vieille recette pour maintenir, ou accroître, leurs profits à court terme. La preuve par Alcatel-Lucent, dont l’ex-PDG, Serge Tchuruk, avait, on s’en souvient, poussé à l’extrême la logique de l’externalisation en prônant « l’entreprise sans usine ». Hier, ses salariés étaient mobilisés contre un plan de « démantèlement du groupe en Europe », selon la CGT, par le biais de la délocalisation d’activités industrielles, et de l’externalisation, à la fois, d’une partie de la R & D en Inde et de pans entiers d’activités non techniques, finance, comptabilité, achat, gestion de commandes et ressources humaines. « Alcatel ne garantit le devenir des personnels qu’elle externalise que pour dix-huit mois, note la CGT. Au-delà, c’est presque à coup sûr le licenciement », note la CGT.
Source : Article de l'Humanité, Yves Housson, 1er juillet 2009.

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